resized_IMG_5303

THE FAMILY

resized_IMG_5417resized_IMG_4690resized_IMG_4676resized_IMG_4679resized_IMG_4685

THE SCHOOL

resized_IMG_5171resized_IMG_5132resized_IMG_5164

RESIDENCE SECONDAIRE

resized_IMG_5388resized_IMG_5379resized_IMG_5380

100 METERS HURDLES

resized_IMG_5322resized_IMG_5303

WAITING FOR CLIMATE CHANGE

resized_IMG_5286resized_IMG_5281resized_IMG_5205resized_IMG_5213resized_IMG_5270

FOLLOW THE LEADERS

resized_IMG_5109resized_IMG_5088resized_IMG_5069resized_IMG_5066resized_IMG_5118resized_IMG_5057resized_IMG_5073resized_IMG_5056

AMERICAN DREAM

resized_IMG_5312resized_IMG_5358

REMEMBRANCES FROM NATURE

resized_IMG_5313

THE PAINTER

resized_IMG_4701resized_IMG_4705

ISOLATED IN THE MODERN OUTDOORS

resized_IMG_5364resized_IMG_4696

FALLING IN LOVE

resized_IMG_5394

LA COMÉDIE HUMAINE

resized_IMG_5401

FAIM

resized_IMG_5407

SINKING DOWN

resized_IMG_5374

Il est des ambitions nées d’une douce folie. Celles taillées dans les rêves d’un seul être et qui espèrent profiter au plus grand nombre. La chimère d’Isaac Cordal lui est apparue voilà plus d’une décennie sous l’apparence d’un fétiche. Ce sculpteur originaire de Galice forge de ses mains de petites statuettes hautes d’à peine quinze centimètres. Confectionnées dans la chair citadine, le ciment, elles évoquent la manière dont l’homme a domestiqué l’environnement et perverti sa propre nature. Ces milliers de petits pantins sont autant de diatribes qu’il déposent à fleur de bitume. À travers des saynètes satiriques, ils rejouent dans les théâtres urbains le tragi-comique d’une société malade, schizophrène. Esseulée. Ces figurines semblent nous toiser du haut de leur petitesse. Elles dénoncent une civilisation où l’indigence et l’indifférence partagent les mêmes trottoirs. Une Europe, terre d’asile, qui accueille les réfugiés en érigeant des barbelés. Une société perfusée aux canaux d’informations, ensevelie sous les chiffres, les statistiques et les sondages. Elles portent sur leur pâle figure l’expression de la désillusion et du renoncement. Cette mine renfrognée où la joie n’affleure jamais.

L’œuvre-fleuve d’Isaac Cordal, Cement Eclipses, est un legs aux générations actuelles et futures pour un meilleur usage de l’humanité. Une anthologie qui rejoint, par sa portée sociologique, celle d’Honoré de Balzac, « La Comédie Humaine ». Au XIX ème siècle, l’écrivain s’est lancé corps et âme dans un effroyable labeur : une exploration des groupes sociaux, des rouages et des lois de la société afin de brosser une vaste fresque de son époque. En bref, l’histoire naturelle des mœurs. En treize années, vingt-six tomes et près de 3000 personnages. Balzac est parvenu à dénoncer, avec l’habileté d’un scientifique et le talent d’un romancier, l’hypocrisie, la vanité, l’ambition, l’égoïsme et le jeu des rôles qui gouvernaient alors ses compatriotes.

Deux siècles plus tard, le nucléaire a détrôné le charbon, les voitures polluantes, les calèches claudiquantes et le consumérisme est entré sur le marché avec son cortège de pilleurs en cravate. Misère et injustice sont passées d’un ère à une autre sans accroc, avec l’agilité d’un écureuil et la roublardise d’un exilé fiscal. Les faibles sont toujours écrasés. Le banquier véreux et le politicien vénal triomphent inlassablement. Une ancestrale tragédie dont l’approche d’Isaac Cordal se fait l’écho contemporain.

En réunissant cinq de ses plus emblématiques installations dans l’écrin de la Médiatine, l’artiste nous invite à traverser un vaste champ de réflexion sur la condition humaine. Tout au long de ce parcours, surgissent des cataclysmes sociaux et environnementaux. Des cités en ruines, des rescapés condamnés, des débris d’humanité. Dans ces intérieurs, chaque pièce fonctionne comme le chapitre d’un essai philosophique. Elles se complètent, établissent des liens de cause à effet entre les dérives du système : le capitalisme acharné, l’aliénation au travail, le passéisme face aux défis environnementaux, la corruption éhontée et la marchandisation du savoir. Dans la pénombre de l’espace d’exposition, Isaac Cordal met en lumière les engrenages d’une épatante machine à broyer du noir.

Pour apercevoir les conséquences désastreuses d’une telle mécanique, il suffit de zieuter entre les barreaux de l’installation The family. Là, dans ces clapiers aux allures de salles d’interrogatoire, des bureaucrates se débattent jusqu’à l’épuisement. Au nom de la firme, du fisc et du sacro-saint progrès. Pourtant, le capitalisme est vétuste. Il a maintes fois prouvé ses défaillances. Crises interminables, récessions successives, peu importe les échecs, il persiste dans sa quête aux profits. Un suicide collectif incarné par Follow The Leaders et son armada de businessmen. Ils s’affairent, pépères au milieu d’une ville post-apocalyptique jonchée de décombres, soucieux d’amasser les gains. À qui profite le crime ? Aux gros poissons, aux opulents corrompus. La Résidence secondaire inventée par le facétieux sculpteur est un château en attaché-case où fleurissent miradors et barbelés. Le genre de paradis fiscal bâti par la finance avec la complicité des nations.

La critique acerbe, frontale, qui porte le propos de l’artiste nous bouscule. Elle suscite une réflexion individuelle en singeant le comportement des masses. Réfléchir, c’est déjà agir. L’installation The school est née de ce constat. Elle s’érige en mise en garde contre l’industrialisation de la pensée. Autour de tables rectangulaires, se tiennent des bataillons de physiciens. Entre leur mains : des livres, des manuels. Dans cette usine à la chaîne, on forge les cerveaux. On polit la pensée. On produit du savoir et conditionne de l’esprit. Il faut s’insurger pour lutter contre la léthargie rampante. Ne pas attendre patiemment l’avalanche des catastrophes, comme les baigneurs de Waiting for climate change. Enfoncés dans une une marre, harnachés dans leur ridicules équipements de survie, ils guettent un horizon d’où pourrait survenir un tsunami.

Partout suintent les vices du comportement humain. Hideux. Sublimés. Il règne dans l’atmosphère un certain romantisme du chaos où poésie et désespoir se partagent le devant de la scène. Il faut s’incliner sur ces dioramas, nous rapprocher de ce point de vue à hauteur de parquet, épier ces avatars, s’imprégner de la minutie avec laquelle le dramaturge a disposé chaque personnage comme un metteur en scène dirigeant ses acteurs. Il faut admirer les éclairages soignés qui baignent ces tableaux d’une aura menaçante. Et puis méditer. Se pencher sur cette question, cramponnée à son point d’interrogation comme un ver au bout de son hameçon : Sommes-nous les spectateurs ou les instigateurs de cette triste comédie ?

Elodie Cabrera

resized_IMG_3034resized_IMG_2269resized_IMG_3018resized_IMG_2686resized_IMG_2777resized_IMG_2448

The painter from Isaac Cordal on Vimeo.

Last call from Isaac Cordal on Vimeo.

Isolated in the modern outdoors from Isaac Cordal on Vimeo.